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Sculpture & Poésie

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Diltå branche de Leña


La main s’en est allée,

Chemin continuant,

Traversa les ondées,

Là, changea d’océan.

 


En un lieu plus grand et bien plus bruyant. Un lieu quadrillé de rues et d’avenues où grouillent de besogneuses fourmis. Un lieu encerclé de monts et de montagnes pleines de rivières et de cascades que ces fourmis ignorent ou ne voient plus. Un lieu surplombé d’un épais brouillard pollué que cette arène ne laisse s’échapper. Une ville! Une vile capitale qui figea la main, un temps, bousculée par l’amas de moments du passé, comme du présent. La main, ainsi accablée, s’en écarte un peu pour s’apaiser, pour prendre le temps, pour respirer…

 


Main, à l’orée du bois,

Attarde son regard,

Sur un tas de Leña.

Diltå y gît, hagard.

 


Faite d’une branche de bois de feu qui quand on l’écorce te pique, quand tu la râpes t’échardes et quand tu la ponces s’effiloche, Diltå est capricieuse, Diltå est une chieuse. De sa manche tous les meilleurs tours de main y passent, pour qu’enfin Diltå daigne laisser distinguer les belles courbes de son ombre portée. La voilà plus élégante, plus sensuelle, plus légère, mais son air de Pise lui donne un équilibre précaire. La main sent la mer pas loin et rien de tel pour remettre Diltå d’aplomb que le bon air marin. 

 


Là, à flanc de vallée,

Légèrement perchée,

Sous des toits ondulés,

Par la mer est bercée. 

 


Dans ce port, mi bidon mi colon, les couleurs se mélangent aux odeurs de poissons et la chaleur d’une journée ne se soulage que par la fraîcheur d’une nuit qui tombe. Une maison toute peinturlurée, constituée de briques et de brocs recyclés si bien rafistolés, étrangement, procure à Diltå sa stabilité. Une chute de bois de construction, un morceau de pin trouvé, que la main, sans pression, moule en une forme de pied cambré. De la sciure râpée pour l’affiner, une pâte gluante est créée, pour qu’à la base courbée, grâce à elle maintenant bien attachée, Diltå reste penchée.

 


Poncée, lissée,cirée,

Enfin toute belle,

Diltå de ses ailes

Aère tes pensées. 



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L'entre deux mers

 

PLUS LOIN, LÀ-BAS, ADMIRER L’ENTRE-DEUX MERS

 

Plus loin, là-bas, admirer l’entre-deux mers.
Reflets dorés, orangés, bleus, apparaissent,
Disparaissent. Quel étrange va-et-vient…
De larges vagues, s’y rompent et crissent,
Sur le sable laissent, de-ci de-là, surgir
De minuscules bulles de moui-moui enfouis.

La silhouette de pélicans bien en rang
Dédaignent l’armada grise, blanche, bleue,
De ballerines, bien emplumées et palmées,
Dans cette chasse aux airs de grand cabaret.

Mais, le terrible temps, nous est plus que compté,
Pour pouvoir voir cet original ballet.
Sinon pour l’ultime de ses pêcheurs, qui,
Se joue des houles sous une demie boule
En fuite, laissant entrer dans le ciel rosi

Le bleu nuit. Oh, divine fin de journée,
J’attends, sage comme une image,
Que la mer, affamée, mange mes doigts de pied

Pour m’en aller, continuer, avancer
Plus loin, là-bas, admirer l’entre-deux mers.

 





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Toirâ racine d'Aguaribay

 


Alors voilà! Vois, là,

Un bout de moi. Voilà,

L’histoire racontée,

De Toirâ bout de bois.

 


Issue d’une racine poivrée rose d’Aguaribay grandie au cœur de pierre d’une rivière desséchée. Toirâ se descelle de celle-ci gonflé de la violence de pluies tant attendues. Ballotté, emmêlé, secoué, grignoté, délassé, abandonné et ainsi de suite. Jusqu’à ce que, de l’assèchement nouveau, Toirâ  puisse rencontrer. Rencontré le regard d’une main, une main d’abord hache qui l’arrache à son tronc, puis une main râpe, ciseau, scie et couteau. Cette main l’écorce, l’affine, l’enjolive de façons brutes laissant apparaître de profondes blessures.

 


Main démêle l’âme,

Et en mène Toirâ,

À rencontrer déjà,

Délicieuses flammes.

 


Flammes faites de bois de feu, d’une plume de duvet d’oisillon, d’essais de décor, d’une chichina grillé et d’un mille-feuille de carton et de brouillon. Cette folle flambée lèche Toirâ, manipulé dans une danse au fumet d’herbes et de tabac. Ivre de cette dense fumée, Toirâ  se jette et se roule dans le lit de braises qui s’éteint, flammes déjà lassées, et s’en relève seul, délaissé, âpre et grisâtre. Toirâ a la gueule de bois brûlée de cette soirée d’enflammées. Une reprise en main s’impose et sous la tendre minutie râpeuse de caresses à l’huile de coude, elle lui redonne doucement sa jolie teinte.

 


Flânant deçà delà,

Toirâ, d’Eucalyptus,

Rencontre la bûche,

Rustre, un peu cracra.

 


La main soigne si bien les présentations qu’elles se font sans heurts ni fracas et la bûche apaise Toirâ et l’assoie. Une fois toutes les blessures découvertes pansées, fallut-il encore qu’ils se toisent, se profilent et s’ajustent. Et voilà Toirâ comme un serpent dressé, sur cette charmante bûche parchemin portée par quatre pieds polis de pommiers des bois. Afin que cette fois, le doux doigté de la main en cire d’abeille cupidon de Capella, les rende complémentaires, les liant enfin.

 


Maintenant soutenu, 

L’histoire racontée,

Toirâ, fait de faces,

Écoute tes pensées.